Bernard Chabert – L’entrevue
*The English version of this interview will be posted shortly. Stay tuned. (It’s just a lot to translate!)*
Le 8 juillet 2009, je partageais sur ce blogue mes EPs de Bernard Chabert, un artiste que je ne connaissais pas, mais qui, selon moi, méritait une écoute attentive. Je louangeais ses sonorités beatlesques et britanniques, un son que peu d’artistes français abordaient à l’époque, du moins pas avec tant de finesse. Très honnêtement, ces maxis figurent parmi mes préférés de l’époque et je m’étais toujours demandé qui était ce Bernard Chabert, pourquoi était-il si méconnu? Pourquoi avait-il mis un frein à sa carrière de musicien, sûrement très prometteuse si l’on se fie à ces quelques enregistrements? Surtout à l’écoute de Helga Selzer et Une plage bordée de cocottiers, deux méga-bombes rock/psychés!
Des recherches internet me pointaient toujours vers un certain Bernard Chabbert, journaliste et aviateur français, mais ma logique me disait que ce ne devait pas être la même personne. Erreur!
Après plusieurs mois, voire années, c’est la surprise : Bernard Chabert lui-même me laisse un commentaire, en réponse à mon billet (vous pouvez le lire en cliquant sur le lien plus haut). Bernard Chabert, musicien et Bernard Chabbert, journaliste / aviateur étaient bel et bien la même personne!
Après quelques échanges de courriels, je lui proposai une entrevue.
M’sieur Chab(b)ert a été d’une générosité sans bornes dans le partage de ses souvenirs, qui sont pour le moins fascinants. Je lui envoie mes remerciements et le salue!
Voici avec grand plaisir son histoire, dans ses mots :
***

“En 68, je fais une période de training dans un institut nommé OCORA qui appartient alors à l’ORTF, et qui forme des journalistes et techniciens radio et télé dans un studio-école de grand luxe à Maisons-Laffitte. J’y rencontre un ingé-son, déjà célèbre de par son style et sa culture rock and rolleuse, Patrice Blanc-Francard, et on devient copains comme cul et chemise. Puis je pars faire le journaliste, et Patrice après Mai 68 se fait virer de l’ORTF et entre comme patron du catalogue rock and roll chez EMI France. Comme lorsque nous étions ensemble à l’OCORA on avait passé les pauses-déjeuner à faire de la musique dans l’un des studios équipés d’un piano, et qu’il savait que j’écrivais un peu, il me fait un jour convoquer chez EMI-Pathé Marconi pour une audition. J’y vais, on se met en studio au Pont de Sèvres, et on en sort un souple d’essai. Ça passe en comité, et ils me proposent un contrat.
Je signe, je me retrouve avec un directeur artistique (Jacques Sclingand) qui a dans son équipe deux jeunes assistants, Claude-Michel Schonberg et Michel Berger, et un conseiller musical, l’extraordinaire Hubert Rostaing, un des plus grands clarinettistes français (sa version de la Rhapsodie in Blue est restée célèbre).
Là-dessus, on se met au travail, et on sort le premier 45 tours EP, “Tramway 7B” :
Le Tramway entre dans les charts, on enchaîne sur le second disque, un simple celui-là : “Une plage bordée de cocotiers“. Là, semi-bide: comme je dis sur ce titre que je m’emmerde sur cette plage, et qu’à l’époque on ne dit pas ces choses-là, le disque est boycotté entre autres sur RTL. (J’ai grandi à Madagascar et à l’île Maurice, et je me suis vraiment emmerdé sur ces plages magnifiques, sable blanc et cocotiers, mais désertes et sans trop de filles ni de rock and roll…).
“L’ascension sociale de Francis F.” parlait justement de ça, d’ascension sociale, et malgré Mai 68, ça n’avait pas encore filtré jusqu’au show-biz alors politiquement très correct. Et même techniquement, lorsque je débarquais en cabine, regardais les vumètres alors qu’on rejouait la dernière prise, et que je constatais qu’entre les pointes de volume et le trait rouge il y avait de quoi glisser un piano à queue, je m’insurgeais: je voulais que ça sature, je voulais un maxi de son sur la bande, pas des plics-plics. Et ça allait contre la culture des ingénieurs du son d’alors, chevaliers de la prise ultrapropre pour qui si ça saturait, c’était à jeter…
L’ascension sociale de Francis F.
Alors vous imaginez: quand j’ai enregistré “Helga Selzer” (inspirée par deux copines: l’une sobre comme un chameau, était mannequin vedette chez Chanel, l’autre, copine d’enfance, était totalement déjantée et est même ensuite partie tourner dans des triples X…), et que j’ai annoncé que je voulais chanter la voix dans un téléphone, ça a fait une quasi-révolte du côté des ingésons. Mais bon, on y est arrivé, et c’est le seul morceau où j’ai obtenu la couleur de guitare que je voulais (je jouais sur une Rickenbacker empruntée à un magasin de la Bastille, j’avais pas les moyens de m’en acheter une à moi).
J’avais fait, pour l’anecdote, “Dear Jean” pour Jean Seberg que j’avais connu par un bon copain. Elle était étrange, et on avait passé quelques moments assez étranges ensemble…
La musique m’a fait vivre entre 69 et début 72, donc, et j’y ai passé des moments géniaux. Par exemple, une paire de journées pour enregistrer une émission TV de Jean Christophe Averty avec Led Zep, avec qui nous avions passé des heures à jouer pour faire passer le temps… Ou une amitié avec Isabelle de Funés, qui alors chantait les compositions de sa copine Véronique Sanson, avec qui on mangeait un croissant le matin…
Seulement voilà, pour ma part je m’emmerde un peu dans le monde d’un show-biz parisien où il ne se passe pas grand’chose de mon point de vue. Je viens du rock and roll, j’aime jouer en live, mais je n’ai pas de groupe, juste des potes, et la politique d’EMI est de faire du commerce, pas du rock and roll.
Comme à cette époque se déroulent les missions Apollo vers la Lune, et que ça me fait complètement rêver (j’ai toujours piloté, c’est de famille, et j’ai toujours voulu être reporter, c’est aussi de famille), je finis par laisser tomber le show-biz un peu trop embourgeoisé, et me servant de la notoriété acquise chez Europe No. 1 grâce aux disques dans leurs charts, je rencontre le boss de la rédaction et je me fais embaucher.
Direction Houston, pour couvrir Apollo 14, début 72, et je n’en sortirai plus…”

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En terminant, je vous invite à jeter un coup d’oeil à l’émission “Pégase” de Bernard Chabbert, un magazine sur l’aviation et l’astronautique :
3 Responses to “Bernard Chabert – L’entrevue”
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otis on May 30th, 2011
Simply amazing!
kate on July 22nd, 2011
Ach, so great! Thank you!
Patrick on September 3rd, 2011
Très bel article sur cet excellent artiste oublié, un pré-Voulzy qui n’a pas rencontré Souchon. Ses mots sont attachants. J’ai le plaisir, grâce à toi, de pouvoir enfin réécouter Tramway 7B après des années de recherche.